Bernard Rives – L’équilibriste

Rencontre avec le sculpteur Bernard Rives et ses sculptures toujours en équilibre.…

Rencontre avec le sculpteur Bernard Rives et ses sculptures toujours en équilibre.

Comment en êtes-vous venu à la sculpture ?

À l’origine, je suis photographe de natures mortes publicitaires. C’est d’ailleurs la photographie qui m’a conduit à Barcelone, après une formation en Allemagne et un passage éclair à Paris. Lorsque j’avais du temps libre, en parallèle de mon activité de photographe, je façonnais des corps de femmes en pâte à modeler. Une amie m’a acheté de l’argile afin que je puisse réaliser mes premières sculptures, et ma mère m’a offert des gouges pour tailler le bois ! C’est là que tout a commencé. Peu de temps après, j’ai obtenu le premier prix d’un concours organisé par la fondation Paul Ricard. Une récompense qui m’a permis d’exposer à Strasbourg. Bien que cet événement n’ait pas eu les retombées espérées, j’ai rapidement commencé à vendre mes premières oeuvres dès mon retour à Barcelone.

Comment procédez-vous ?

La pâte à modeler constitue la base de mon travail. Lorsque je suis chez moi, je m’installe dans un fauteuil devant un bon film ou un reportage, et je me laisse aller à mon imagination. S’il arrive que je n’obtienne rien de satisfaisant, cela s’avère souvent fructueux. J’ai d’ailleurs dans mon salon une grande étagère où je garde toutes mes maquettes ! Je les sculpte ensuite dans un bloc de mousse polyuréthane que je recouvre de fibre de verre et résine. C’est comme la coque des bateaux !

Quelles matières utilisez-vous ?

Le procédé que j’utilise actuellement me convient très bien car mes sculptures sont ainsi légères, solides et résistantes aux intempéries. Mes plus grandes oeuvres ne pèsent pas plus d’une dizaine de kilos ! J’aime également travailler le bronze, le bronze chromé, ainsi que le bois. Les contraintes sont cependant plus nombreuses avec ces matériaux, bien que la sensation de sculpter le bois soit très agréable. Quant à la pierre, trop lourde et trop fragile, elle n’est pas adaptée à la finesse des membres de mes sculptures.

Laquelle est votre préférée ?

La pâte à modeler est ma petite préférée car c’est avec elle que j’ai commencé. Elle me permet d’affiner et de retravailler la forme jusqu’à ce que j’arrive à obtenir une sculpture qui puisse être installée dans différentes positions. La pâte à modeler stimule ma créativité. Elle me permet de façonner des maquettes d’une grande finesse et d’une grande précision, bien que je n’utilise que mes doigts !

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Les femmes, grandes, élancées. C’est ma plus grande source d’inspiration. Je trouve qu’elles ont été très mal représentées tout au long du XXe siècle. Complètement déformées, fractionnées à l’image des oeuvres de Picasso, Francis Bacon, Lucien Freud, etc… J’essaye quant à moi de privilégier l’harmonie et de les montrer telles qu’elles sont, belles, fortes et élégantes. Elles ne sont plus soumises, mais actives. Le mouvement tient également une place importante dans mon oeuvre. C’est pour cela que j’aime aussi représenter des animaux. Rien ne bouge mieux qu’un animal ! J’essaye toujours de leur apporter une certaine légèreté, comme avec ma sculpture de cochon en équilibre sur une patte.

De nouveaux projets en vue ?

Depuis quelques temps, je cherche à ce que mes oeuvres expriment une idée forte. Certains sujets me tiennent à coeur, tels que la question de l’excision, symbolisée par un papillon épinglé sur le corps d’une femme, le recours excessif à la chirurgie esthétique, ou encore le massacre des requins. Le beau est également quelque chose auquel je m’accroche. Au cours du dernier siècle, l’art semble s’être attaché à provoquer, choquer, innover dans le but de faire parler. Une partie du vocabulaire utilisé depuis toujours pour décrire l’art a disparu. C’est notamment le cas des mots beauté, élégance, sensualité, sensibilité, ou encore équilibre.

Avez-vous une petite préférée parmi vos oeuvres ?

C’est difficile de choisir, mais je dirais mon interprétation de « L’enlèvement d’Europe ». Cette sculpture rassemble tout ce qui caractérise mes oeuvres. Il y a du mouvement, de l’érotisme, et la représentation d’une femme de caractère, active et surtout pas soumise, telle que je la perçois aujourd’hui. Dans toutes les représentations que l’on trouve de cette scène tirée de la mythologie grecque, la femme apparait passive, dominée. Ce n’est pas ce que j’ai voulu.

Un rêve ultime ?

J’aimerais beaucoup pouvoir investir une grande place afin d’y exposer six ou huit sculptures monumentales. Je voudrais que chacune de ces oeuvres expriment une idée forte parmi toutes celles que je défends.